Texte général de présentation de ma démarche
 
Mon travail interroge différents axes de réflexion que sont :
- la nature de la perception de l'espace (notamment au travers du concept de réseau)
- la nature de la perception du temps (compression, multiplication, étirement de l'instant)
- la remise en question de différents médiums et leur mise en confrontation.
 
Perception de l'espace...
 
À l'instar de D. Hockney qui dit à propos de ses photomontages "nos yeux ne cessent de se déplacer à différents niveaux de perception", il m'a semblé intéressant de développer une recherche autour de la perception visuelle de l'espace : par exemple en fabriquant un casque prothèse composé de deux camescopes fixés au niveau des yeux et utilisé sur des trajets quotidiens (Champ de vision). J'ai appréhendé par ailleurs ce questionnement au travers de mes séries d'installations photographiques (L'immeuble, La fenêtre, Le hangar) en interrogeant d'une part la notion de point de vue, et d'autre part celle du cadrage, principe inhérent à l'utilisation d'un appareil photo. Dans cette série, le cadrage se résume au choix pertinent d'un bâtiment architectural proposant une multiplicité de points de vue photogéniques. Le cadre de chaque photo correspond alors au cadre de chaque fenêtre, et le point de vue sur le monde se déplace physiquement et temporellement d'une photo à l'autre. L'installation de photographies réalisée dans le métro parisien (Le métro, ligne 11, Châtelet-Mairie des Lilas) donne ainsi à voir un trajet (un déplacement physique) et une multiplicité de point de vues à partir d'un seul et même espace (le wagon).
D'autre part, en explorant le concept de réseau, développé principalement par Saint-Simon au début du XIX ème siècle et prédominant dans l'organisation générale de nos sociétés aujourd'hui, il m'a semblé judicieux de développer une approche plastique croisant les notions d'espace et de réseaux. La série des Diapos de peau représente ainsi une première approche autour de ce questionnement : considérer la peau comme la frontière d'un territoire et observer les réseaux qui la composent. Ici, seule la seconde partie de la technique photographique est utilisée (le tirage), la prise de vue étant une prise d'empreinte de peau, empreinte en latex utilisée par la suite comme négatif.
Les Cartes à gratter représentent aussi une proposition autour de la perception de l'espace urbain. Elles interrogent notre mémoire spatiale et notre capacité à reconstituer le réseau mental que l'on se crée d'une ville, telle une psychocartographie.
 
Perception du temps...
 
Au travers de cette notion intrinsèque à la photographie qu'est l'instant, il m'a semblé judicieux d'élaborer une pratique qui se place continuellement aux confins de la technique photographique. J'ai, par exemple, cherché à considérer la photographie comme une durée et non un instant : j'ai ainsi utilisé la surimpression dans une série qui retraçe des actions de la vie quotidienne (Photographies au quotidien). Plusieurs instants sont superposés au moment de la prise de vue, laissant ainsi apparaître, selon leur temps de pose devant l'objectif, des objets plus ou moins évanescents. Ce procédé photographique a aussi été utilisé dans une salle d'attente où quatre personnes prennnent place successivement devant l'objectif, s'appropriant chacune une partie de l'image.
Cette volonté d'exprimer la durée en un visuel s'est aussi affirmée dans une série de dessins intitulée Passages. Il s'agissait alors de donner à voir l'occupation humaine de l'espace urbain, c'est-à-dire le réseau crée par les passants durant un temps donné. Le dessin n'était pas utilisé dans un souci de représentation mais dicté par le réel.
 

Dans l'ensemble de ma démarche plastique, les médiums principalement utilisés sont la photographie, la sérigraphie et l'offset, la vidéo, le dessin et le volume. En réalité, le médium utilisé n'est que rarement prédéfini en amont du projet, mais dépend plutôt du protocole mis en place au service de l'idée et de son expression plastique. Il s'agit à chaque nouvelle proposition plastique de créer un va-et-vient pertinent entre l'idée, la technique et la sensibilité à exprimer.

 
Hélène Marcoz
2005