Texte écrit par Virginie Péan pour le catalogue de l'exposition
"Une femme peut en cacher une autre"
Moulin Gautron, Vertou (44)
 
 

C’est à une redoutable séance de gymnastique topographique que nous convie Hélène Marcoz. Son travail, des photographies pour l’essentiel, épargne le corps du spectateur mais exige de son regard une souplesse inhabituelle (celui-ci sera plié, déplié, replié ; segmenté, raccordé…). Des prises de vue d’habitations, de paysages ordinaires, forment par leur agencement de déroutantes machines de vision à lire comme autant de rébus. On se prend au jeu, on hésite. Peut-être est-on pris, joué soi-même par le pouvoir de l’image…

Espaces de regards : l’artiste demande à quinze personnes de se placer dans une salle et de se regarder selon un schéma préconçu. Dans un second temps, leur portrait les remplace.L’espace acquiert ainsi une certaine qualité ‘vectorielle’, structuré par le jeu des regards plus que par le volume de la pièce.

La voiture (4) : de l’intérieur de l’habitacle, on ne retient ici que les vitres; autant de petits paysages qui, mis à plat, renouvellent la perspective du tableau. Figure de pure extériorité, cette installation défie nos habitudes cognitives.

L’immeuble: La façade d’un bâtiment, à nouveau simulée par ses seules fenêtres, est réduite aux dimensions humaines. Un seul regard embrasse la totalité des points de vue, diffusant chez le spectateur un sentiment enivrant d’ubiquité. Michel Foucault, dans son archéologie du panoptisme, évoque l’utopie d’un visible rendu tout entier disponible par le biais d’un strict quadrillage spatial. " Machine à dissocier le couple voir-être vu ", le panoptique conduit à l’assujettissement du regardé par le regardeur. Mais si la complexité des dispositifs visuels de Hélène Marcoz évoque ce fantasme d’une maîtrise totalitaire, leur caractère jubilatoire, non systématique, désappointe toute velléité de contrôle. Coupés de leur contexte, recomposés, c’est pour l’incongruité de leur posture que les lieux sont contemplés.
Les Diapos de peau, empreintes projetées, surdimensionnées, captivent par la complexité labyrinthique de leur architecture : qu’importe là aussi l’identification.
Projet en cours : c’est le même type de rapport aveugle aux environs qu’explore cette installation in situ. Une plante araignée (Chlorophytum) en pot hasarde ses plantules, se développe en réseau; sa solidarité obstinée sape progressivement toute forme de hiérarchie. Chronophotographie ralentie, elle est la traduction spatiale du tempo végétal.
 
Virginie Péan
2004